Se remettre de la crise COVID-19 : 10 leçons retenues dans une perspective de genre

27 octobre 2020
Juliet Nakyanzi, PDG de la Plateforme pour la justice sociale, partenaire de GAAMAC en Ouganda, réfléchit sur les leçons tirées de COVID-19 en termes de prévention des atrocités de masse dans une perspective de genre.

Les femmes se retrouvent souvent au centre des atrocités de masse, soit comme victimes, soit comme survivantes, soit comme soignantes dans toute crise. La combinaison de la perte, du stress prolongé et des exigences physiques de la prestation de soins, et des vulnérabilités biologiques expose davantage les femmes au risque d’être exposées aux atrocités et aux pandémies.

Cette disparité entre les sexes a été accentuée pendant la pandémie COVID-19 et, rétrospectivement, j’aimerais proposer quelques réflexions et recommandationspour que l’aide humanitaire englobe et intègre pleinement une perspective de genre.

1. Garantir la bonne gouvernance

La bonne gouvernance est importante pour le fonctionnement et l’administration efficaces des États et de leurs programmes, en particulier pour garantir que l’aide humanitaire va aux communautés touchées et aux femmes qui sont les principaux moteurs socio-économiques. L’engagement positif des dirigeants à soutenir les femmes, les leaders communautaires, est le signe d’un leadership fort.

Certains de ces engagements positifs ont également consisté, entre autres, à stimuler les petites entreprises avec un capital initial pour leur réouverture, à suspendre les prêts à intérêt cumulé pendant le confinement. Ces mesures peuvent sembler modestes, mais elles créent une base solide pour la reconstruction. En outre, certaines de ces initiatives ciblent les petites entreprises informelles, qui sont en grande partie détenues par des femmes vulnérables, ce qui constitue une étape positive vers la promotion du développement économique des femmes en crise.

2. Renforcer les institutions de la justice, de la loi et de l’ordre (JLOS)

Pendant la pandémie COVID-19, nous avons vu les gouvernements introduire des mesures de couvre-feu pour empêcher les criminels qui voudraient profiter de la crise pandémique. Certains États ont enregistré une augmentation des cas de violence domestique et de violence sexuelle pendant le couvre-feu. L’introduction de lignes d’assistance, de refuges, de couvre-feux et de nombreuses autres mesures positives ont contribué à freiner la criminalité. Ces mesures sont largement appliquées par les institutions de la JLOS.

Au cours de cette période post-COVID-19, ces institutions doivent être renforcées en tant que chien de garde afin d’éviter le déclin de la société, en particulier en cas de crise. Les auxiliaires juridiques formés par la Plateforme pour la justice sociale (PSJ) en Ouganda ont été très actifs pour aider les femmes qui ont été confrontées à la violence sexiste et sexuelle pendant le confinement.

3. Construire des réseaux et des partenariats solides

This post-COVID-19 period Cette période post-COVID-19 a souligné la nécessité pour tous les citoyens et les gouvernements/agences de jouer leur rôle afin de rétablir l’ordre ou de freiner une pandémie croissante. Il est très important d’établir des réseaux ou des partenariats solides et fiables. Les partenariats stratégiques peuvent attirer les contributions de forums tels que les secteurs politique, social, économique, médical, juridique, les gouvernements locaux, la base, etc. La capacitéde tous ces secteurs à s’unir dans la solidarité, à être tolérants les uns envers les autres et à travailler ensemble à un front commun constitue une force puissante face à la crise.

4. Plus de transparence et de responsabilité

En temps de crise, une attention particulière doit être accordée aux personnes vulnérables identifiées qui sont susceptibles de souffrir le plus et de devenir des victimes ou des survivants. Il s’agit généralement de femmes, d’enfants et de personnes âgées. Les fournitures de secours sont souvent données à ces personnes et il est bon d’impliquer ces personnes dans le processus de distribution.

Le public a besoin d’informations précises sur la quantité reçue, la manière dont le groupe cible a été identifié, la quantité reçue par chaque ménage, si les biens fournis étaient adaptés à l’usage auquel ils étaient destinés, etc. Le fait de ne pas montrer la participation des victimes ou une répartition claire des subventions engendre la méfiance et un signe d’échec du projet. Cet échec peut être une recette future pour une catastrophe et un conflit.

5. Mise à disposition d’informations pertinentes au public.

La diffusion gratuite de faits et d’informations sur une crise imminente est extrêmement importante, car les faits sont vitaux pendant et après les situations de crise. Les faits sont essentiels à la guérison, tant au niveau personnel que communautaire. Les gens réagissent mieux et coopèrent mieux lorsqu’ils savent et comprennent ce à quoi ils ont affaire. Ce partage d’informations doit être encouragé et renforcé.

6. Mise en place de comités de vérité et de réconciliation

Les comités de vérité et de réconciliation sont des plateformes importantes où les survivants et les victimes de la pandémie ou du conflit peuvent dialoguer avec les leaders d’opinion et les décideurs sur les violations subies. Les mécanismes de retour d’information jouent un rôle clé dans la prévention des conflits et des atrocités de masse. Les gens ont des questions et ont simplement besoin de réponses.

Cette demande de vérité est d’autant plus désespérée pour les personnes à la base qui ne savent ni lire ni écrire ou qui n’ont pas accès à l’internet. Si ces masses ne sont ni informées ni mises au courant, quelqu’un peut profiter de cette situation vulnérable, donner de fausses informations et entretenir le conflit.

7. Organiser une formation sensible au genre

Il est essentiel de s’attaquer aux problèmes de la violence sexiste dans les sociétés qui sortent d’une crise ou d’une pandémie pour promouvoir la responsabilisation et rétablir la paix. Le concept de sensibilité au genre doit être fortement mis en avant dans la formation. Les hommes et les femmes devraient avoir des chances égales de jouer un rôle clé dans les processus décisionnels.

Les femmes, en tant que aidantes naturelles, ne doivent pas être mises à l’écart dans la lutte contre les pandémies. Les femmes en première ligne en cas de crise pensent en tant que mères, dispensatrices de soins et prennent des décisions qui respecteront les droits de leurs congénères pendant un conflit ou une pandémie. Les femmes du monde entier ont fait preuve d’un leadership tout aussi fort dans la lutte contre la COVID-19 et continueront à le faire après la COVID-19.

8. Garantir un environnement de travail sûr

À ce jour, les femmes représentent 70 % de la main-d’œuvre du secteur social et de la santé dans le monde. En période de crise, il convient de se pencher sur la manière dont leur environnement de travail peut exposer les femmes à des conflits et/ou à la discrimination. Une attention particulière devrait être accordée à leur santé sexuelle et reproductive et à leurs besoins psychologiques en tant que travailleuses de la santé de première ligne. Cette prise de conscience doit être prise en compte lors du recrutement en période de crise. Les pays doivent renforcer la sécurité des femmes en première ligne à l’avenir.

9. Les médias comme force positive

La lutte pour prévenir la crise ne serait pas complète sans la reconnaissance de la participation du quatrième pouvoir, les médias. Les médias doivent être reconnus comme une force puissante dans la façon dont nous vivons le monde et nous vivons nous-mêmes. Cette reconnaissance s’accompagne d’un volume croissant de recherches suivant les traces des transformations technologiques telles que la radio, l’internet, la télévision, les journaux.

Les médias peuvent transmettre un sentiment d’unité lors des conflits et des pandémies en touchant un public plus large. Pendant la pandémie COVID -19, les médias ont contribué à faire respecter par le public les directives de sécurité fournies par l’Organisation mondiale de la santé. Les médias ont encouragé des réponses adaptatives pour favoriser des attitudes positives en matière de santé et l’adhésion aux mesures préventives fixées par les gouvernements.

10. Renforcer les liens entre la population et les systèmes nationaux existants

Pour mettre en place un réseau efficace afin de prévenir de futurs conflits ou de freiner les pandémies, il est important de développer un système qui permette aux dirigeants nationaux de savoir ce que pense ou exige la population. La confiance doit être établie à partir du terrain pour garantir des résultats fructueux. Un système qui ignore cette ligne de retour d’information prépare des lacunes qui peuvent engendrer un désastre. Une fois que la population se sent exclue d’une politique étatique existante, la population se mobilise rapidement pour la faire échouer, provoquant ainsi des conflits ou la propagation d’une pandémie.

En conclusion, se remettre d’une crise comme COVID-19 exige que nous fassions un effort conjoint pour engager des stratégies qui dépassent nos bureaux. La nouvelle normalité s’accompagne de nouveaux défis et d’inventions auxquelles nous ne sommes pas habitués. Le rôle spécifique joué par les disparités entre les sexes dans notre société ne peut être ignoré mais permet de le renforcer et de le laisser se développer, en particulier dans ce processus de reprise. Notre objectif premier devrait être de promouvoir la réconciliation et d’assurer une coexistence pacifique pendant et après la crise.

Assurez-vous de ne jamais manquer les nouveautés de GAAMAC! Inscrivez-vous à notre newsletter bimestrielle pour recevoir nos actualités directement dans votre boîte email.

Contenu associé

GAAMAC accueille un événement parallèle sur les femmes, la paix et la sécurité à New York

GAAMAC accueille un événement parallèle sur les femmes, la paix et la sécurité à New York

Le 26 octobre 2022, GAAMAC a soutenu un panel sur le pouvoir symbolique de la justice pour prévenir la violence contre les femmes dans les conflits. Venant de Colombie et du Guatemala, deux des partenaires de GAAMAC ont examiné comment la recherche de la justice pour les violences sexuelles et sexistes liées aux conflits (CRSGBV) a eu un impact sur le système juridique, la société et l’autonomisation des femmes dans ces pays.